1. Rédaction Décibels AiR :
« Après un long silence de plusieurs années, ta plume s’est réveillée d’un coup. Tu reviens en force avec un catalogue d’une dizaine de chansons et un podcast sans filtre. Qu’est-ce qui a provoqué ce déclic et ce besoin viscéral de libérer tes mots aujourd’hui ? »
AnOuK :
« Le grand déclic a été l’hommage rendu à mes parents avec ma chanson L’Écho des voix. Lorsque j’ai écouté et fait écouter la version finale… les mots étaient d’une justesse incroyable, au point qu’elle a déclenché de fortes émotions, surtout chez les personnes qui connaissaient mes parents. Je me suis aperçue que finalement, ma passion pour la chanson et la musique ne m’avait jamais quittée. Je pense que c’est quelque chose que l’on a au fond des tripes. »
2. Rédaction Décibels AiR :
« C’est bouleversant. On sent que cette chanson a rouvert les vannes. Mais justement, après trente ans loin des studios, comment as-tu vécu ces retrouvailles techniques et créatives avec la musique ? »
AnOuK :
« Je n’ai jamais vraiment quitté la technologie car j’ai toujours aimé ça. Donc j’ai évolué avec. Mais ce qui est certain, c’est que ma vision des choses et mon expérience de la vie ont fait évoluer mes textes et ma façon de travailler. On n’aborde pas la musique de la même façon quand on est adolescent et lorsqu’on est adulte avec un vécu. C’est justement là que les choses deviennent intéressantes. »
3. Rédaction Décibels AiR :
« Justement, quand tu regardes ton propre vécu, quel regard portes-tu sur ton parcours aujourd’hui ? »
AnOuK :
« Quand je me retourne, je vois cette petite fille qui a commencé le solfège à l’école primaire, puis qui est entrée au conservatoire sur concours, puis qui voulait devenir chanteuse… qui après l’adolescence a ouvert les portes du showbiz, etc. Aujourd’hui, c’est tout ce vécu qui me permet d’avoir un regard critique et d’exprimer plus facilement les émotions au travers de mes chansons. »
4. Rédaction Décibels AiR :
« En parlant de regard critique, tu n’hésites pas à bousculer le milieu musical actuel. Dans ton premier épisode de podcast, tu pointes du doigt la paresse créative de ceux qui font du 100 % IA sans y mettre d’humain. Quel message veux-tu faire passer aux artistes indépendants qui galèrent au milieu de tout ce bruit ? »
AnOuK :
« Très franchement, je suis partagée entre peine et colère — je pourrais en faire une chanson d’ailleurs… C’est souvent le problème des nouvelles technologies qui émergent. Elles apparaissent sans cadre réglementaire, incitant les gens à faire tout et n’importe quoi. Quand une innovation surgit, les gens s’en emparent et la détournent souvent de son intérêt premier. Quand l’IA a fait son apparition, elle avait pour but d’aider, d’apporter un soutien, de faciliter… pas de remplacer intégralement. Aujourd’hui, on supprime des emplois, on crée des chansons 100 % IA et l’humain est évincé. C’est la porte ouverte aux dérives. »
5. Rédaction Décibels AiR :
« Mais le vrai problème, c’est que ces morceaux générés par des robots se retrouvent partout en un clic… »
AnOuK :
« Et oui, parce que ce contenu arrive jusque sur les plateformes de streaming et dans les oreilles des gens, y compris les fausses notes ! Sincèrement, j’aurais préféré qu’il y ait un filtrage pour valider la diffusion en streaming. Au moins pour évincer les casseroles ou le tout-IA, quitte à ce que je sois recalée moi-même si on jugeait que mes chansons sont mauvaises ! Aujourd’hui, c’est sans filtre… alors je parle aussi sans filtre ! Il n’en reste pas moins que pour les personnes qui ont un vrai talent, l’industrie musicale est devenue une jungle où il est encore plus difficile qu’avant de se faire une place. »
6. Rédaction Décibels AiR :
« On comprend ta vision de l’artisanat musical, mais concrètement, comment travailles-tu ? Entre ta plume humaine et l’utilisation de l’IA pour tes arrangements, comment se passe le processus de création d’une chanson d’AnOuK In ThE AiR ? »
AnOuK :
« Moi, je suis incapable de travailler avec des demandes du type : « Salut AnOuK, je voudrais des paroles pour une chanson d’amour ». Oui, mais encore ? Une rencontre amoureuse ? Une séparation ? Quel style ? Une ballade ? De la pop ? Bref, je ne suis pas une usine à paroles… Et puis, pour les chansons impersonnelles et dépourvues d’émotions, il y a l’IA !
En fait, je n’utilise l’intelligence artificielle que pour les parties techniques qui, en principe, exigent du matériel professionnel pour obtenir un rendu de qualité. L’IA intervient donc pour m’aider sur la partie vocale — car à la base, c’est mon timbre et ma voix, même si aujourd’hui je ne me considère plus comme une interprète. Elle intervient aussi dans les arrangements, car sans elle, il me serait impossible d’injecter mes compositions musicales et de tout faire coordonner avec les paroles, la voix et le style. Même si je reste avant tout une parolière, il me paraissait indispensable de proposer un véritable rendu du travail complet : de vraies chansons abouties. »
7. Rédaction Décibels AiR :
« C’est un cri du cœur qui va résonner chez beaucoup. Pour finir cet entretien, tournons-nous vers l’avenir. Tu as une dizaine de titres prêts à conquérir le web sous ton identité officielle validée par la Sacem. Qu’est-ce que tu as envie de dire à un visiteur juste avant qu’il n’appuie sur « Play » ? »
AnOuK :
« J’ai toujours écrit, d’aussi loin que je me souvienne, car cela a toujours été mon mode d’expression privilégié. Si je ne me trompe pas, je suis membre de la Sacem depuis les années 2000. Je connais donc le poids et la force des mots pour faire passer les émotions. Quand on prend le temps d’écouter les paroles, on doit pouvoir deviner l’histoire, et lorsqu’on écoute la musique, on doit voyager dans cette histoire. La chanson fait alors ressentir les émotions. Quel que soit le style… ballades, pop, pop-rock… Chacune de mes chansons raconte.
Alors je sais qu’on est à une époque où les nouveaux artistes sortent des « sons », où le style singulier plaît peut-être davantage que la chanson traditionnelle des années 80 — selon moi la meilleure période de la chanson française. Pour autant, une chanson vide de sens ne durera qu’un temps. Il n’y a qu’à regarder les plus grands tubes des années 80 qui cartonnent encore aujourd’hui pour s’en convaincre. Je reste donc fidèle à mes convictions : une chanson, ce n’est pas juste un son qui cartonne cette année avec un texte inaudible ou vide de sens. C’est bien plus. »